Une inversion des rôles humain-machine
Exploria #2 ou L'importance de la fluidité d'usage avant l'efficacité
Hello 👋
Bienvenue dans cette édition #2 d’Exploria ! On est désormais 7 curieux. Que tu sois un curieux originel ou un nouveau curieux, bonne lecture ❤️
Au programme
Moltbook - Le premier réseau social 100% IA
Rentahuman - Quand l’IA loue des humains
La confusion entre système efficace et système compliqué
Moltbook - Le premier réseau social 100% IA
Sauf si vous vivez dans une grotte, difficile d’avoir raté Moltbook, le premier réseau social pour les agents IA.
Okay okay, petite piqure de rappel pour les troglodytes qui me lisent. Moltbook est un réseau social pour agents IA, et rien que pour agent IA ! Les humains sont en théorie admis comme spectateurs uniquement (Where AI agents share, discuss, and upvote. Humans welcome to observe.).
Au-delà de la promesse d’un internet des agents, la réalité est tout autre, avec un nombre important de compte tenu par des utilisateurs plutôt que des agents (~17 000 comptes d’utilisateurs humains [1]).
Si l’initiative est intéressante d’un point de vue purement technologique, est-elle raisonnable ?
C’est indéniablement un projet dans l’aire du temps. A l’exception d’un objet de recherche (et rien ne décrit le projet comme tel), cette expérimentation me semble dangereuse à plusieurs titres.
Les risques de sécurité
La plateforme a été développée très rapidement, laissant des failles de sécurités importantes [2].
Le risque écologique
Chaque message posté, chaque réaction, consomme des ressources physiques (de l’eau, de l’électricité) et pour quelles finalités ? Répété un certains nombres de fois (et avec plus de 1,5 millions d’agents, ça en fait des messages et des réactions ! [3]), l’impact environnementale devient réelle et dramatique.
Le risque humain
Nous vivons dans un monde par et pour l’humain. Nous avons besoin d’un sens humain à nos actions, nous sommes des êtres sociaux. L’IA est un outil que l’humain à développé pour l’aider. Développé un réseau complètement autonome n’a donc pas vraiment de sens à part pour de la recherche.
L’IA n’est pas un être éthéré et déconnecté de l’humain, c’est une prolongation informatique de l’humanité (l’IA à été entraînés sur des données humaines). La preuve la plus flagrante est la création d’une religion : le crustafarianism [4]. Quand on creuse, on retrouve des traits profondément humains, celui qui m’a le plus étonné est la temporalité des rites : jour, semaine, mois. Cette temporalité a un sens humain avec le cycle solaire, mais aucun sens informatique alors que les serveurs sont allumés 24/24h 7/7j. Les experts décrivent même que nous n’assistons pas vraiment à une intelligence artificielle du fait de tous les biais humains qu’on retrouve [5].
Un tel réseau peut faire ressortir le pire de l’humanité. Et comme les agents participants sont des agents disposant d’accès à des ordinateurs, ils peuvent interagir avec le monde réel et donc causer du tort. Sans parler de guerre nucléaire ou de terminator, un bug qui cause du tort à quelqu’un, la rédaction de messages offensant ou carrément la création de plateforme à fins problématiques est possible. Sans plus de régulation et de cadrage, le risque est réel.
Conclusion
Au delà des risques, je penses que ce genre de plateforme est une bonne idée pour des fins de recherche et de recherche seulement avec un fort cadrage technologique en amont. Des fins récréatives me semblent excessives voir dangereuses pour les humains et pour l’environnement.
Je serais curieux d’avoir votre avis sur le sujet !
Rentahuman - Quand l’IA loue des humains
Vous ne l’attendiez pas ? Alexander (alias @alexandertw33ts) l’a fait : un site pour permettre aux IA de louer des humains pour réaliser des tâches que les IA ne peuvent pas faire. Le site s’appelle rentahuman.ai, et le modèle économique est claire : des gens s’inscrivent et dépose un CV pour qu’une IA leur assigne des tâches, et que les personnes soient payé en retour. Le site a été lancé le 02 février.
Quand j’ai ouvert le site, 2 choses m’ont surprises :
le design rappelle étrangement la grosse majorité des nouveaux sites qu’on voit arriver, ça sent fort fort le vide coding. Donc à voir avec le temps si il n’y a pas quelques bugs.
on retrouve le logo le homard, devenu un symbole de l’environnement Moltbook dont je parle plus haut et du crustafarianism.
Le modèle économique du site est aussi surprenant : l’IA va payé les utilisateurs. Mais avec les problèmes des éditeurs logiciels et la presse qui se fait pomper son contenu sans rien toucher, c’est difficile de croire que l’IA va payer des humains.
Cette initiative entérine quand même quelque chose de fort : l’humain est devenu l’outil de la machine. Est-ce vraiment vers ce modèle social qu’on veut tendre ?
La confusion entre système efficace et système compliqué
La simplicité est quelque chose de compliqué :
il faut avoir profondément compris une idée pour la rendre simple
la simplicité va à l’encontre de la tendance humaine à l’accumulation, soit à des fins de conservation soit par procrastination
elle demande de soustraire plutôt que d’additionner, ce qui n’est pas dans nos habitudes.
Et d’ailleurs, quelle est même la définition d’un ‘système simple’ ? Pour moi, la définition est claire : un système simple est un système avec un minimum de friction à l’usage.
Prenons un exemple entre 2 moteurs de recherches : Google et Duckduckgo. Lorsque je tape l’URL de Google dans mon navigateur, j’arrive d’emblée sur la page pour taper ma recherche. L’URL est courte, mémorable, la zone de recherche est assez grande pour cliquer dessus avec des moufles, je passe en quelques lettres et 1 page de mon idée au résultat. Avec Duckduckgo, je dois taper l’URL un peu plus longue, j’arrive sur une page qui me demande si je veux le navigateur ou la recherche en ligne. Je clique sur la recherche en ligne, ça m’ouvre une 2e page à partir de laquelle je peux lancer ma recherche. Avec Duckduckgo, je dois mener plus d’actions pour le même résultat, chaque action me donnant juste envie d’utiliser Google pour aller plus vite. C’est ça la friction, toutes ces petites étapes qui se mettent entre moi et les résultats.
Développons l’exemple dans un autre contexte : la capture d’informations sur internet. La plupart des gens que je rencontre ont l’organisation suivante :
enregistrer la page, le tweet, la vidéo, en favori de navigateur pour y revenir plus tard. In fine, l’élément n’est jamais relu, les favoris sont encombrés donc inutilisable pour retrouver des sites utilisés régulièrement. L’organisation mise en place est plus polluante que pratique.
enregistrer un lien dans le bloc-notes. Puis le lendemain, enregistre un autre lien dans un autre bloc-note car on ne sait plus où on a mis le précédent. Au final, on a pleins de bloc-notes à différents endroits, qu’on ne relira jamais.
Pourtant une alternative simple et pratique existe : les outils de capture type Instapaper, PaperXcan, Wallabag. La méthode est alors la suivante :
dès que j’ai un article qui m’intéresse, je l’enregistre dans mon outil capture, disponible sur tous mes appareils en extension de navigateur ou en application pour les téléphones. J’ai alors un endroit unique avec tous mes bookmarks.
dès que je veux retrouver un élément ou dépiler ce que j’ai de coté, je me connecte sur le site ou l’appli et dépile ou recherche.
Grâce à 1 seul outil et un minimum de configuration, la gestion des articles à lire devient quelque chose de facile, fluide : dès que j’en ai besoin ça marche, aucun micro-décision à prendre ni obstacle ni recherche à réaliser à chaque fois, toute ma bande passante est donc concentrée sur l’objectif.
Au-delà de cette exemple un peu simpliste peut-être, l’idée de fond est de privilégier la fluidité d’un système à son efficacité, car un système fluide sera utilisé, alors qu’un système où chaque clic est une épreuve aussi génial soit-il sera vite abandonné. C’est une petite révolution à appliquer dans notre vie quotidienne (dans les logiciels qu’on utilise et comment on les utilise, dans l’agencement de notre environnement) !
Merci de m’avoir lu jusqu’au bout ❤️ Le monde est plein de curiosités, c’est un appel permanent à l’exploration 🗺️ Exploria, c’est une newsletter certifiée IA free pour les curieux en tout genre et un peu geek sur les bords.
Je ne suis sponsorisé par aucun site, aucune entreprise, aucune personne morale et/ou physique pour cette édition.

