Habiter le silence
Sais-tu habiter le silence ?
J’ai une question pour toi : peux-tu rester seul, sans téléphone ni journal, sans rien faire dans le silence de la nature, pendant 2 heures ?
Cette question me vient d’une observation : combien de gens, combien de temps parle-t-on uniquement pour combler le silence ?
Entre silence et bruit, une ligne à trouver
Parler tout le temps, constamment interagir est une façon de se fuir soit même, de réagir par réflexe plutôt que d’agir par l’esprit, de s’occuper par les autres pour ne pas avoir à s’occuper de soi, et par la fenêtre de l’étude de soi-même courir sans jamais avancer.
Se murer dans le silence n’est pas d’une solution viable : le monde est trop riche pour tout découvrir par soi-même et nous devons le partager avec les autres, la communication est absolument essentielle. Si cette solution permet l’étude approfondie de soi-même, elle se limitera à nos biais et nos connaissances, et ne sera pas enrichie des connaissances et visions des autres.
Aucun de ces extrêmes n’est viable à long terme. Ce sont des solutions faciles à mettre en place par leur extrémisme qui implique une ligne de conduite simpliste. Il y a donc un équilibre à trouver, et plutôt que l’image de la balance, je préfère l’image d’une ligne de crête de montage, ce chemin qui nous porte haut mais bordé de 2 précipices.
La peur du silence
Pourquoi nous souhaitons tous combler le silence ?
Nous associons le silence à l’échec de paraitre intéressant, important, d’une valeur suffisante aux yeux des autres. Remplir à l’excès les silences est une conséquence de notre environnement de paraitre. Si une personne nous aime ou même nous apprécie, l’objectif n’est pas de paraitre mais bien d’être avec elle. Si nous ne pouvons pas nous défaire de notre persona social, nous pouvons à minima m’atténuer. Nous n’avons pas appris à vivre avec le silence ni à vivre le silence, chaque moment de notre vie a été occupé par l’école, les devoirs, les tâches à la maison, notre entourage.
Le silence est souvent implicitement associé à l’inaction. C’est une erreur importante et pourtant souvent inconsciente. Un enfant peut jouer en silence, écrire en silence, nous travaillons dans des environnements à bruit contrôlé. Silence et inaction sont 2 éléments qui n’ont rien à voir ensemble. L’étude de soi-même que permet le silence laisse justement la place à ces réflexions : associe ai-je le silence à l’inaction ?
Habiter le silence
Je penses que nous tous en vieillissant sont ou seront confronter au silence : en voiture, dans le bus (l’environnement est bruyant, mais c’est une sorte de bourdonnement et nous sommes dans notre bulle). Pour les gens introvertis, le silence est déjà un ami, comme un refuge des autres, un endroit où leur imaginaire peut enfin s’exprimer. Quelque soit notre tempérament (introverti ou extraverti), le silence est le lieu de notre étude de nous-même, de notre écoute. Le silence est l’endroit où notre moi peut rencontrer notre persona social.
J’ai toujours d’été introverti et avec le temps passionné par le fait de grandir (grandir de façon philosophique : apprendre, développer mes connaissances et compétences, maitriser l’évolution de mon persona social), le silence est donc devenu mon refuge. Au début, le silence paraît bien maussade : vide, morose. Puis avec le temps, le silence m’est apparu un peu plus familier : un lieu toujours aussi morose, mais auquel on s’habitue, la morosité devient moins flagrante. Le silence est le temps où mes idées émergent, où je peux faire l’examen de mon moi d’hier et d’aujourd’hui, me projeter dans mon moi de demain, cartographier, identifier ma ligne de crête.
J’ai appris à habiter le silence, par certains côté a l’habiller. J’espère pouvoir dire que je suis mon ami fidèle (le rôle de meilleur pote est déjà pris, désolé moi 🙂), qui ne se fuit pas, mais qui s’écoute, se supporte, se porte, s’accompagne. Cette amitié avec moi même n’est pas toujours rose : je ne m’aide pas à m’investir plus dans des sujets important pour d’autres et pas pour moi, mais je pense qu’il y a pire.
C’est ça que j’appelle habiter le silence : arriver dans cette maison vide et lugubre qu’est le silence, et la meubler, la décorer, y passer du temps pour en faire un endroit chaleureux, cet espace rien qu’à nous.
Conclusion
Habiter le silence est un sujet que je trouve particulièrement important mais peu évoqué. On parle toujours de reconnecter avec soi-même, apprendre à se connaître, s’aimer soi-même, ... mais tous ça par des outils externes, comme si nous étions un médecin qui examinions un patient : nous-même. Cette quête est veine : un médecin ne sera jamais dans le cerveau de son patient, il pose des diagnostic de pathologie. Nous ne sommes pas dans ce cas : nous ne voulons pas poser des diagnostics dont l’implicite est que nous sommes forcément malade (puisque qu’il nous faut un “diagnostic” de notre état, et qu’un diagnostic veut forcément dire pathologie ou au mieux quelque chose a résoudre). Nous sommes nous-même, qui vivons avec nous même, aussi imparfait que nous sommes, et le silence est notre refuge pour renouer entre notre persona extérieur et notre nous intérieur.
Au delà de moi, cet article a pour but de sensibiliser à l’importance d’accepter le silence au même titre que l’échange, de ne pas le voir comme un échec mais un ami. Vous qui me lisez, je sais que cet article vous parlera, et j’espère qu’il mettra des mots sur certains ressentis pour vous permettre de continuer à grandir (au sens philosophique encore une fois 😉). Tes retours en commentaires seront très utile pour permettre aux autres d’apprendre de ton expérience !
Cet article est plus court que mes précédents, j’ai pris le pari de rédiger des articles moins longs en espérant pouvoir en rédiger plus dans l’année.
A bientôt 🙂
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